Front des Vosges 14-18

Tourisme de mémoire 14-18, LE FRONT DES VOSGES

Front des Vosges 14-18
Front des Vosges 14-18

LE MASSIF DES VOSGES

Front des Vosges 14-18

Un site unique de la guerre de montagne

Préservé par son climat extrême et l'oubli relatif dont il a fait l'objet, le champ de bataille alsacien forme une zone montagneuse comprise entre le col du Bonhomme au nord et le Grand-Ballon au sud. L'ancienne frontière du Reich depuis 1871 est aujourd'hui le seul secteur du front de la Grande Guerre concerné par les combats en haute et moyenne montagne. Protégée par son écrin forestier, la fortification, principalement allemande, épouse habilement la moindre anfractuosité de la roche. Sécurisée et parfaitement documentée, la visite de ce musée à ciel ouvert aux innombrables vestiges donne corps à la symbolique de la « ligne bleue des Vosges » vers laquelle le déodatien Jules Ferry portait son regard avant sa mort en 1893.

Le massif des Vosges, dont la ligne de front se termine à la frontière Suisse, près de Pfetterhouse, est dominé par un impressionnant éperon rocheux surplombant le sud de la plaine d'Alsace : le Hartmannswillerkopf. On y accède par la petite ville d'Uffholtz dont l'Abri-Mémoire d'Uffholtz peut constituer une précieuse étape préalable à l'exploration de la montagne « mangeuse d’hommes ». Culminant à 956 mètres, le Vieil-Armand, surnom dérivé de la francisation du village de Hartmannswiller, est une position stratégique qui devient l'enjeu de furieuses batailles entre le 26 décembre 1914 et le 9 janvier 1916. Les régiments les plus illustres – dont le fameux 152eme RI - s'y distinguent au prix de très lourdes pertes, estimées au total à environ 25 000 morts pour ce seul sommet. Des bombardements d'artillerie d'une extrême intensité transforment alors la montagne en paysage lunaire tandis que 6 000 abris bétonnés entrent parfois profondément dans les entrailles du « Moloch ». La moitié d'entre eux sont aujourd'hui encore visibles, jalonnant les 90 kilomètres de tranchées entaillant le plus imposant site historique du massif des Vosges. Documentant les combats et les conditions de vie des soldats, le musée Serret, inauguré en 1973 à Saint-Amarin, occupe un ancien tribunal qui avait servi, pendant la Grande Guerre, d’Hôpital Mobile Alsacien. Le musée porte le nom du général Marcel Serret qui a commandé en 1915, la 66ème division d'infanterie, lors des terribles combats du Hartmannswillerkopf où il fut mortellement blessé le 29 décembre 1915. En suivant l’ancienne ligne de front vers la vallée Noble, se trouve un autre site témoin de la Grande Guerre, dont la majesté surprend plus d’un visiteur. Le cimetière militaire Roumain de Soultzmatt, inauguré en 1924 par le roi Ferdinand et la reine Marie de Roumanie, contient la plus grande nécropole militaire roumaine de France. Les 678 tombes de prisonniers roumains illustrent les très dures conditions de captivité imposées aux soldats affectés à la construction d’une ligne de défense en profondeur. Dans la vallée de Munster, presque entièrement détruite par les combats de 1915, c’est au musée du Linge, installé à la jonction des tranchées française et allemandes, distantes parfois de cinq mètres à peine, que la guerre en montagne se matérialise. Au sein d’un réseau parfaitement conservé, le musée raconte les assauts français qui débutent le 20 juillet 1915 et s’achèvent à la fin octobre.











Lignes de Front

Les constructions défensives allemandes – parfaitement conservées – s'étendent sur les trois sommets boisés à 1000 mètres d’altitude, voués au statu quo après les échecs successifs et la mort de 17 000 soldats français et allemands sans aucune avancée de part et d’autre. Aux confins de la vallée de Munster, dans le seul village resté Français, l'Ambulance Alpine de Mittlach, installée dans la cave de la mairie, évoque les batailles moins connues autour de Metzeral en juin 1915, ainsi que la mémoire du général Serret et du colonel Boussat, tombés au Hartmannswillerkopf en décembre 1915.


De l'autre côté du val d'Orbey, la Tête des Faux, est un sommet culminant à 1220 mètres, occupé en 1914 par les Allemands. Les chasseurs alpins français l'enlèvent le 2 décembre. La nuit de Noël 1914, les Allemands contre-attaquent vigoureusement. La bataille, menée dans des conditions hivernales extrêmes, entre dans la légende. 600 hommes sont mis hors de combat en une seule nuit. Les Allemands s’accrochent sous le sommet et construisent d'impressionnantes fortifications figeant la situation jusqu’à l'Armistice. Les cimetières Duchesne et de l'Etang du Devin, tous deux créés en 1915 et toujours nichés au cœur profond de la forêt, demeurent parmi les plus authentiques de la région. En suivant le cheminement de l'ancienne ligne de tranchées, le Col de Sainte-Marie-aux-Mines est un point de passage très convoité vers le département des Vosges en 1914. Ce poste frontière entre la France et l'Allemagne – dont les bornes jalonnent toujours les parcours d'altitude – est tenu par les Allemands dès 1914. Les sommets alentours s'enflamment : le Bernhardstein, la Tête du Violu et la côte 607 deviennent le théâtre d'une guerre larvée, ponctuée d'explosions de mines destinées à souffler les tranchées adverses. Le parcours de quelques heures au sein d’un panorama grandiose offre une succession ininterrompue d'abris bétonnés allemands, de casemates de mortier lourd, de postes de communication optique et même d'un sanatorium de remise en forme des blessés, équipée d'une piscine dans son état d'origine. Dans la vallée du Hure, les hauteurs de la Fontenelle sont l'enjeu d'une guerre de positions qui se mue bientôt en guerre des mines. Les Français tiennent le sommet de la cote 627 tandis que les Allemands s'accrochent sur le flanc est. Au mois de juin 1915, les violentes attaques sont menées à l'appui de nombreuses explosions de fourneaux de mines souterraines, terrifiantes sans toutefois changer l'équilibre des forces. Un monument est inauguré en 1925 près de la nécropole où reposent 2 348 Français. Près de Moyenmoutier, c'est dans le Val de Senones, ancienne capitale de la Principauté de Salm, que les Allemands se fixent dès le mois de septembre 1914. Le promontoire de la roche Mère Henry, accroché sur la falaise, devient l'objet d'attaques françaises jusqu'en janvier 1915 qui ne permettra pas de déloger malgré l'utilisation massive d'explosifs à la mélinite. A l’extrême nord du dispositif militaire entre les sommets du Donon et Raon l'Etape le site de la Chapelotte est le dernier site-témoin de la guerre des mines dans les Vosges. Les Allemands mènent dans ce massif de grès très friable d’étonnants travaux de fortifications dont le Centre d’Interprétation et de Documentation 1914-1918 de Pierre-Percée relate l’épopée.